Alexandre Reznikov Alexandre Reznikov
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Sur les origines historiques possibles des légendes de la Nativité

"Est modus in rebus"
Horatius. Sermonum. I, 1, 106


1. Introduction

La légende de la Nativité, placée à l'origine de notre ère, cache toujours ses origines historiques. Et pourtant les tentatives de les dévoiler ne manquèrent pas. Au cours des vingt siècles passés il y eut tant d'essais pour résoudre ce problème qu'il me semble naturel de l’appeler "le problème de notre ère" (PNE).

Comme on le sait, les circonstances qui accompagnaient la naissance et les premières années de la vie de Jésus sont décrites dans deux évangiles canoniques : selon saint Matthieu et saint Luc. Cependant on a révélé beaucoup de contradictions d’une part entre ces récits évangéliques et d’autre part avec les données des sources historiques sûres. Donc, si ces récits sont fondés sur les événements réels, il faut trouver le moment de l'histoire, dont les événements pourraient servir de base pour les narrations évangéliques, et ensuite expliquer les raisons des altérations de la réalité dans les récits évangéliques.

Il est facile de trouver dans l’Internet une grande quantité des publications avec des hypothèses concernant la date de la Nativité et des circonstances qui l’accompagnaient ainsi que l’analyse critique des ouvrages et du sujet (voir, par exemple, le site [1]). L’objet de ma publication est dans la présentation de mon hypothèse et en premier lieu tels de ses éléments que je n’ai pas trouvés chez les autres auteurs.

Dans la plupart des travaux pour déterminer l’année de la Nativité on supposait sur la base de l’évangile de Luc qu’en "l'an quinze du principat de Tibère César" Lc 3.1 [2], id est en 28 - 29 de notre ère "Jésus… avait environ trente ans" Lc 3.21, 23. Mais une telle approche n'a pas permis d'établir des rapports vérifiables entre les événements évangéliques et historiques. Il est probable que "Jésus, lors de ses débuts, avait environ trente ans" Lc 3.23, mais j'ai des raisons de supposer que ses débuts était bien avant son baptême.

À cause de l'interprétation mentionnée des citations Lc 3.1,21,23 on rejetait a priori l’an 12 avant notre ère, quand la comète de Halley passait près de la Terre, comme l'année de la Nativité. Cependant à la fin du siècle passé dans une série de publications [3] - [10], on a présenté des arguments divers en faveur d'une telle possibilité.

La première impulsion pour le travail sur l’hypothèse j’ai reçu le 8 mai 1983 en lisant l’évangile selon saint Jean, à savoir que Jésus n'avait pas "cinquante ans" Jn 8.57 et que peut-être "il a fallu quarante-six ans pour bâtir…[le]…sanctuaire de son corps" Jn2.19-21. Ces indications m’ont encouragé à élargir les limites temporelles des recherches de l’année de la Nativité. En formulant l’hypothèse j’ai trouvé appui dans le texte suivant: "Est-ce de la Galilée que le Christ doit venir? L’Ecriture n’a-t-elle pas dit que c’est de la descendance de David et de Bethléem, le village ou était David, que doit venir le Christ?" Jn 7.41-42. Ce texte m'a incité à chercher dans la Galilée le lieu possible de la Nativité, lequel plus tard dans les évangiles selon Matthieu et Luc était remplacé par Bethléem de Judée.

Les premiers résultats de mes recherches furent publiés en 1986 [3, 4]. La même année la revue française "La Recherche" a publié un exposé [5] de l’article [3]. Le texte de l'article présent est fondé sur le manuscrit inédit [11], lequel durant la dernière décennie du siècle passé j’envoyais aux adresses diverses. Les lettres, les tirés-à-part et les livres que j’ai reçus en réponse m’ont aidé à donner à l'hypothèse son aspect actuel. Dans ce qui suit l'hypothèse est présentée d'une manière plus circonstanciée avec quelques précisions, des éléments nouveaux et la discussion des possibilités de vérifier l’hypothèse. L’importance scientifique de "PNE" est considérée en conclusion.

Les événements que l’on va examiner dans le cadre de l'hypothèse sont de nature terrestre, cependant les aspects astronomiques y jouent un rôle de guides, indispensables pour l'élaboration de l'hypothèse. Voici pourquoi il est logique de commencer la datation de la Nativité, tout comme dans le Nouveau Testament, par la présentation de la comète de Halley de l’an 12 avant notre ère (a.n.e.) dont l’observation dans le ciel coïncida, comme je suppose, avec la naissance de Jésus Christ.



2. L'astre magique, alias l'étoile de Bethléem

Citons et commentons deux descriptions de la comète de Halley de l'an 12 a.n.e.: d’abord la description que l'on trouve dans l'histoire dynastique chinoise "Ch'en-han-shu. Treatise on the Five Elements" et qui est comparée avec des calculs modernes [12] et ensuite la description que l’on trouve chez Dion Cassius, historien grec du III siècle [13].

Voici la traduction d’une partie du texte chinois concernant notre problème: "On August 26 a star (po) emerged at Tung-Ching [Lunar Mansion 22]; it was treading on Wu-Chu-Hou [Θ Gemini]. It appeared to the North of Hoshu [α Canis Minor, α Gemini] and passed through Hsien-Yuan [Leo] and T'ai-wei [a large area in Coma Berenices, Leo & Virgo]. Later it travelled at more than 6 degrees (tu) daily. In the morning it appeared at the East direction, on the evening of the 13th day (September 7) it was seen at the West direction..." [12].

Le texte est accompagné du commentaire suivant: "In the above text, it is unfortunate that so few precise dates are given. More dates of conjunction with asterisms would have rendered the record of great value. One of the more interesting observations is the date of first visibility in the West sky (September 7). Unfavorable weather could have delayed this sighting by one or more days, but a useful limit on the date of perihelion passage is still provided. In order for Halley's comet to have been visible in the West on the evening of September 7 (roughly at 15 h ET), perihelion must have been at least three days earlier than the calculated date of Yeomans and Kiang [14] -i.e. on or before October 8.6. This would fit in better with the result of Brady [15]- but the difference is not significant. The other dated observations (on August 26 and October 20) are not helpful since the motion of the comet was then very slow" [12].

Pour formuler l’hypothèse il est important de connaître la position de la comète à la fin d’août et au début de septembre, quand on l’observait à son lever se déplaçant vers le Lion. Autrement dit il nous faut un calcul qui soit en accord avec les observations chinoises pour cette période avec une indication des marges d’erreur du calcul . Dans l’article de Yeomans et al. [16] il y a quelques éphémérides de la comète pour l’août et le septembre de l’an 12 a.n.e. pour l’époque 1950. Apres leur transformations à l’époque de l’an 12 a.n.e. à l’aide du programme « ari.exe » de N. L. Alexandrovitch [17] nous obtenons les valeurs suivantes : pour le 22 août l'ascension droite α=4h9' et la déclinaison δ=22° (ici et plus bas je donne des valeurs arrondies), pour le 1 septembre α=4h50' et δ=30°35', pour le 6 septembre α=6h25' et δ =43°26 ', pour le 11 septembre α=12h6 ' et δ=37°6 '. Les coordonnées du Soleil pour le 6 septembre étaient α =10h 50' et δ=7°31'. (Pour déterminer les coordonnées du Soleil et des autres objets sur la voûte céleste j’utilise le programme StarCalc de A. E. Zavalishine [18]).

D'après [16] le 6 septembre la comète se trouvait dans la constellation du Lynx au-dessus de la Crèche ( α=6h 47' et δ=9°) de la constellation du Cancer. On pourrait dire que la comète visait Regulus (α=8h 18' et δ=20°17 '), vu que sa queue s’étendait dans la direction opposée à l’étoile.

Maintenant passons à Dion Cassius. En relation avec la mort de Marcus Vipsanius Agrippa le gendre d'Auguste survenue en mars de l'an 12 [13, LIV, 28.3] parmi d'autres prodiges Dion Cassius indique celui-ci: "The star called the comet hung for several days over the city [Rome] and was finally dissolved into flashes resembling torches" [13, LIV, 29.8].

Cette comète de l'an 12 a.n.e., qui a survolé Rome pendant quelques jours, est identifiée avec la comète de Halley [19, p.143; 20, p.97-98]. Le fait qu'elle apparut six mois après la mort d'Agrippa n'est pas un obstacle parce que, d'une part "...For a Greek or Roman (as well for other mediterranean civilizations) it would be assumed that any great event would be preceded by, accompanied by or followed by heavenly signs..." [20, p.82], et d'autre part "...Dio does not say that the comet appeared before the death of Agrippa; he says merely that it was one of the portents observed about that time...The comet connected by the Romans with Caesar's death, the sidus Iuiium, also did not appear until several months after the Ides of March 44 B.C." [21, p.123].

Je suppose que deux circonstances auraient pu contribuer à relier ces deux événements séparés de six mois: primo, on pouvait observer la comète au-dessus de Rome le 2 septembre, jour anniversaire de la bataille navale d'Actium, gagnée par l'amiral Agrippa [13, L], secundo, il se peut qu'on anticipait déjà le congiaire (voir ch.2) "qu'Auguste présenta comme un legs de celui qui était devenu son gendre et son associée a la puissance tribunicienne…" [22, p.143].

Analysons maintenant le texte de Matthieu Mt 2.2, 9-10. Primo, les mages vinrent d'Orient (dans le texte grec "apo anatolon" [23, p.19]) et dirent qu'ils avaient vu l’"astre à son lever" [2, p.18] (dans le texte grec "en te anatolé" [19, p.202; 23, p.21-24]) [24]. Et en effet, la comète était observée en Chine dans la partie orientale du ciel pendant quelques jours fin août – début septembre [12].

Secundo, les mages virent l'astre au-dessus de Bethléem Mt 2.9 dont la latitude est environ 32°. Et en effet d'après les calculs [14] la déclinaison de la comète augmentait de 22° le 22 août à presque 50° le 8 septembre. Mais si l'on l'observait au-dessus de Rome à 42°, pourquoi pas au-dessus de Bethléem à 32°?

Tertio, les mages conclurent que "le roi des Juifs ... vient de naître"Mt 2.2. D'après les calculs [14] au début du septembre on pouvait observer la comète s'élançant vers le Lion et visée à son étoile brillante Regulus (le petit roi), ou Melech (le roi) [25, p.119]. A la même époque Pline écrivait: "People think it matters in what direction a comet darts, what star's strength it borrows…" [26, II, XXIII, 92]. Ajoutons encore que la constellation du Lion était considérée comme la signe zodiacale de Juda et de sa tribu [27] (voir aussi Genèse 49.9 et Apocalypse 5.5) et en général "entre tous les signes, le plus qualifié pour être un horoscope royal était évidemment le Lion, et comme roi des animaux et comme domicile du Soleil, roi de la création" [28, p.438].

Quarto, l'astre a été vu par les mages à son lever Mt 2.2, ne fut pas observé lors de leur rencontre avec Hérode, mais fut à nouveau vu par les mages au-dessus de Bethléem Mt 2.9 [29]. En cadre de l’hypothèse et en accord avec le texte de Matthieu on peut supposer que ce sont les événements de quelques heures. A titre d’exemple, considérons le 3 septembre de l’an 12 a.n.e. comme une date possible de l’Adoration. Les mages pouvaient voir la comète à l’aube entre 2 et 5 heures. Le soleil se leva à 5h10 [18] et la comète était devenue invisible à cause de la luminosité accrue du ciel. Entre 6 et 7 heures les mages ont rencontré Hérode. Quand les mages étaient arrivés à Bethlehem entre 8 et 9 heures ils ont revu la comète au zénith. Il serait intéressant de vérifier ces suppositions (et les observations), en calculant la variation de la luminosité relative (et, probablement, absolue) de la comète pour les temps et les lieux correspondants.

Après cette analyse comparative d'une part on constate que la comète de Halley de l'an 12 a.n.e. est conforme à la description évangélique, et d’autre part on dispose d'une date approximative de la rencontre d'Hérode avec les mages. Maintenant on peut se tourner vers l'emploi du temps d'Hérode pour l'automne de l’an 12 a.n.e. Et c'est là que des grandes incertitudes surgissent.



3. Sur la date du dernier voyage d'Hérode à Rome.

"Anno sequenti Herodes rediens a Roma cum videret qui illusus esset a magis...". C'est un fragment de l'évangile apocryphe dit du Pseudo Matthieu (Manuscrit D, Paris, BNP Nr. 1652) [30]. Quelques aspects de ce texte non daté [19, p.63] attirent l'attention.

Premièrement, selon ce fragment c'est après avoir fait son voyage à Rome qu'Hérode a appris qu'il avait été joué par les mages. Or, on interprétait le texte canonique Mt 2.16 toujours dans le sens que les cruautés d'Hérode avaient suivi aussitôt après sa rencontre avec les mages [23, p.33]; ce qui est raisonnable. Et voici que dans le Manuscrit D on intercale entre ces deux événements le voyage d'Hérode à Rome ! Un détail, comme nous allons voir, réaliste, mais surprenant et même absurde du point de vue de l’interprétation traditionnelle du texte canonique.

Deuxièmement, le dernier voyage d'Hérode à Rome est daté de l’an 12 a.n.e. [31, 32], c'est-à-dire huit ans avant sa mort [31, 32]. Or, dans l'antiquité on croyait que l'année de la Nativité était proche de l’année de la mort d'Hérode [19, 23]. Et de nos jours on affirme que "Matthew's Gospel dates the Nativity firmly to the last years of the life of Herod the Great" [31, p.568]. Mais voici que dans le Manuscrit D la Nativité précède le départ d'Hérode pour Rome!

Finalement, si comme le Manuscrit D le suggère, Hérode partit de la Palestine après sa rencontre avec les mages, qui eut lieu selon notre hypothèse à la fin août ou au tout début de septembre, il fut de retour sûrement "anno sequenti", id est après le 1 Tischri, le jour de l'An juif qui aurait dû commencer le 18 septembre avec la nouvelle lune [18]. Notons à ce propos qu’à cette époque la Méditerranée était navigable de mars jusqu'à mi-novembre [34].

Cette analyse montre que le Manuscrit D est un document surprenant qui attend toujours d’être soigneusement étudié et daté. Il serait encore plus intéressant de trouver ce fragment en grec, parce que la phrase réaliste du Manuscrit D pourrait bien commencer le verset Mt 2.16.

Mais comment déterminer par des sources historiques la date précise du voyage d'Hérode pour vérifier l’hypothèse? Il semble que ce n'est pas facile. En relation avec ce voyage Flavius Josèphe, historien juif du premier siècle, écrit: "Herod made a present of three hundred talents to Caesar, who was providing spectacles and doles for the people of Rome" [35, XVI, 128]. E. Mary Smallwood remarque: "In 12 Herod paid his second and last visit to Rome as king... The congiarium given in the second half of 12 dates Herod's visit" [31, p.90]. Quoique ce congiaire est bien attesté par les sources [13, LIV, 29.4; 36, p.37] l'incertitude dans sa datation atteint quelques mois [21, p.131; 37, pp.25, 58]. En accord avec l'hypothèse ce congiaire aurait pu être donné à la fin septembre au plus tôt. Mais la date précise du congiaire reste inconnue.

Existe-il une autre possibilité de préciser la date de ce voyage? Oui, peut-être. Josèphe Flavius écrit: Hérode "not only acted as president of the four-yearly meeting [Olympic Games-A.R.] held when he happened to be on his way to Rome, but endowed them for all time with an income big enough to ensure that his presidency should never be forgotten" [38, I, 426-427; 39, p.627]. F.K. Ginzel note: "Nissen faßte seine Resultate in die Regel zusammen daß die ungeraden Olympiaden mit dem Vollmond des August, die geraden mit dem des September begonnen haben... So vereinigt sich alles, die Zeit der olympischen Spiele wesentlich späten anzusetsen, als um die Zeit nach der Sommersonnenwende" [40, S.355-356]. Notons aussi que d'après Britannica les Jeux étaient organisés "every four years between August 6 and September 19" [41]. En l’an 12 furent célébrés les 192 (pairs!) Jeux Olympiques et la lune fut pleine le 3 septembre [18]. En ce temps on mettait 6 jours pour venir de Syracuse de Sicile à Alexandrie en Egypte [34]. Je suppose qu'Hérode aurait dû mettre à peu près le même temps pour venir de la Palestine à Olympia en Grèce.

En fait la datation de la visite d'Hérode à Olympie est encore plus incertaine que celle de sa dernière visite à Rome. Autrefois on hésitait entre 12 et 8 a.n.e. Et voici ce que E.M.Smallwood en écrit de nos jours: "The choice lies between the Olympic years 16 et 12 B.C. The earlier seems more probable. The first of Herod's two visits to Rome as king can reasonably be dated to that summer, whereas his second fall in the latter part of 12 after the Games, and in any case was made in circumstances which will have left him neither time nor inclination to break his journey. The evidence for a third visit is slender" [31, p.81, n.66] (cf. [42, S.206, Ν.55]). Mais quelles étaient les circonstances qui auraient pu empêcher la visite d'Hérode à Olympie en 12 a.n.e.? C'est qu'Hérode croyait que ses deux fils Alexandre et Aristobule avaient cherché à l'empoisonner et qu'il était pressé de les en accuser devant Auguste en Aquileia [35, XVI, 92; 38, I, 445-447, 452].

De toute façon si l’on prouvait qu'Hérode avait quitté la Palestine pour Rome avant la fin août sa rencontre avec les mages deviendrait impossible. Sinon on pourrait demander pourquoi "Anno sequenti Herodes rediens a Roma cum videret quia illusus esset a magis..." et en chercher la réponse au chapitre suivant.



4. Massacre des Innocents: l'origine historique possible et l’evolution de la légende

Je suppose que le fond historique pour la légende du Massacre des Innocents se trouve dans le Chapitre 9 du livre XVI des "Antiquités Juives" de Flavius Josèphe [35]. Il est utile de lire ce chapitre tout entier pour entrer dans la matière. Moi, je vais me borner à des citations avec des commentaires.

L'analyse du texte de Josèphe [35, XVI, Ch.9, 271-276] permet de comprendre pourquoi de retour de Rome, Hérode non seulement n'oublia pas sa rencontre passagère avec les mages mais "voyant qu'il avait été joué par les mages, fut pris d'une violente fureur" Mt 2.16.

Josèphe écrit: "But when he [Herod - A.R] was sailing to Rome, it was at that time when he went to accuse his son Alexander, and to commit Antipater to Caesar's protection, the Trachonites spread a report as if he were dead, and revolted from his dominion, and betook themselves again to their accustomed way of robbing their neighbors".

Rappelons que la Trachonitide était une région en Coelé - Syrie [35, p.258] proche de la Galilée (cf. la carte dans [2]). La teneur du chapitre précédent amène à la conjecture que les récits des mages furent à l'origine de ces rumeurs. Les gens de Trachonitide ont vite déduit de la bonne nouvelle: "vive le roi nouveau-né" une conclusion à leur goût: "le vieux roi est mort" et se sont révoltés.

Josephe poursuit:

"…at which time the king's commanders subdued them during his absence; but about forty of the principal robbers, being terrified by those that had been taken, left the country, and retired into Arabia, Sylleus entertaining them, after he had missed of marrying Salome, and gave them a place of strength, in which they dwelt. So they overran not only Judea, but all Celesyria also, and carried off the prey, while Sylleus afforded them places of protection and quietness during their wicked practices. But when Herod came back from Rome, he perceived that his dominions had greatly suffered by them; and since he could not reach the robbers themselves, because of the secure retreat they had in that country, and which the Arabian government afforded them, and yet being very uneasy at the injuries they had done him, he went all over Trachonitis, and slew their relations; [notons, à propos, que probablement, tous les hommes combatifs se sont enfuis en Arabie voisine, et il ne restait que des vieillards, des femmes et des enfants - A.R.]; whereupon these robbers were more angry than before, it being a law among them to be avenged on the murderers of their relations by all possible means; so they continued to tear and rend every thing under Herod's dominion with impunity". Interrompons la citation pour quelques commentaires.

Soulignons, que Flavius Josèphe parle de l’opération étendue pour mettre de l’ordre dans le royaume d’Hérode alors que l’évangile de Matthieu ne rapporte qu’un épisode cruel "dans Bethléem et tout son territoire" Mt 2.16. Cet ajout "et tout son territoire" créait des difficultés pour des traducteurs du texte grec (e.g. "in the coasts thereof" (KJV), ou "in Bethlehem and its vicinity" (NIV), ou "in and around Bethlehem" (NRSV) BibleGateway.com) et rendait perplexe des exégètes tenant compte des dimensions modestes de Bethléem. En cadre de l’hypothèse cet ajout s’explique par le fait que l’expédition punitive ne s’est pas bornée à Bethléem.

Cette opération se déroula "anno sequenti" après le voyage d'Hérode à Rome (ou un peu plus tard), id est environ sept ans avant sa mort. Elle provoqua l’exode d'une partie de la population de son royaume en Arabie et éventuellement plus loin en Egypte. Je suppose que parmi ces gens-là se trouva la sainte Famille, entraînée par 1'adoration des mages dans la suite des événements. Il est intéressant de noter qu'au XIII siècle saint Bonaventure dans son livre "De vita Christi" a écrit que la sainte Famille avait passé sept ans en Egypte [19, p.64]. Comment Bonaventure a-t-il arrivé à cette conclusion? Ces événements provoquèrent une guerre entre les Juifs et les Arabes [35, XVI, 271]. On comprend alors pourquoi dans les récits de l'enfance de Jésus rapportés dans l’évangile de Matthieu et émanant probablement des parents de Joseph il est écrit, qu’"apprenant qu’ Archelaus régnait sur la Judée à la place d’Hérode son père, il [Joseph – A.R.] craignit [souligné par moi – A.R.] de s’y rendre"Mt 2.22 et dans les récits de l'enfance de Jésus rapportés dans l’évangile de Luc et émanant probablement des parents de Marie la fuite et le séjour en Egypte furent passés sous silence [(cf. [2, p.161, n.d]).

Et notre histoire ne s'arrête pas là. Josèphe poursuit [35, XVI, Ch.9, 277-290]:

"Then did he discourse about these robberies to Saturninus and Volumnius, and required that they should be punished; upon which occasion they still more confirmed themselves in their robberies, and became more numerous, and made very great disturbances, laying waste the countries and villages that belonged to Herod's kingdom, and killing those men whom they caught, till these unjust proceedings came to be like a real war, for the robbers were now become about a thousand; - at which Herod was sore displeased, and required the robbers, as well as the money which he had lent Obodas, by Sylleus, which was sixty talents, and since the time of payment was now past, he desired to have it paid him; but Sylleus, who had laid Obodas aside, and managed all by himself, denied that the robbers were in Arabia, and put off the payment of the money; about which there was a hearing before Saturninus and Volumnius, who were then the presidents of Syria. At last he, by their means, agreed, that within thirty days' time Herod should be paid his money, and that each of them should deliver up the other's subjects reciprocally. Now, as to Herod, there was not one of the other's subjects found in his kingdom, either as doing any injustice, or on any other account, but it was proved that the Arabians had the robbers amongst them."

"When this day appointed for payment of the money was past, without Sylleus's performing any part of his agreement, and he was gone to Rome, Herod demanded the payment of the money, and that the robbers that were in Arabia should be delivered up; and, by the permission of Saturninus and Volumnius, executed the judgment himself upon those that were refractory. He took an army that he had, and let it into Arabia, and in three days' time marched seven mansions; and when he came to the garrison wherein the robbers were, he made an assault upon them, and took them all, and demolished the place, which was called Raepta, but did no harm to any others. But as the Arabians came to their assistance, under Naceb their captain, there ensued a battle, wherein a few of Herod's soldiers, and Naceb, the captain of the Arabians, and about twenty of his soldiers, fell, while the rest betook themselves to flight. So when he had brought these to punishment, he placed three thousand Idumeans in Trachonitis, and thereby restrained the robbers that were there. He also sent an account to the captains that were about Phoenicia, and demonstrated that he had done nothing but what he ought to do, in punishing the refractory Arabians, which, upon an exact inquiry, they found to be no more than what was true."

However, messengers were hasted away to Sylleus to Rome, and informed him what had been done, and, as is usual, aggravated every thing. Now Sylleus had already insinuated himself into the knowledge of Caesar, and was then about the palace; and as soon as he heard of these things, he changed his habit into black, and went in, and told Caesar that Arabia was afflicted with war, and that all his kingdom was in great confusion, upon Herod's laying it waste with his army; and he said, with tears in his eyes, that two thousand five hundred of the principal men among the Arabians had been destroyed, and that their captain Nacebus, his familiar friend and kinsman, was slain; and that the riches that were at Raepta were carried off; and that Obodas was despised, whose infirm state of body rendered him unfit for war; on which account neither he, nor the Arabian army, were present. When Sylleus said so, and added invidiously, that he would not himself have come out of the country, unless he had believed that Caesar would have provided that they should all have peace one with another, and that, had he been there, he would have taken care that the war should not have been to Herod's advantage; Caesar was provoked when this was said, and asked no more than this one question, both of Herod's friends that were there, and of his own friends, who were come from Syria, Whether Herod had led an army thither? And when they were forced to confess so much, Caesar, without staying to hear for what reason he did it, and how it was done, grew very angry, and wrote to Herod sharply. The sum of his epistle was this, that whereas of old he had used him as his friend, he should now use him as his subject."

Je suppose que parmi les récits que Syllaios rapporta à Auguste se trouva l'épisode du massacre des enfants et je trouve un appui à cette supposition dans le paragraphe suivant de Macrobe, historien du V siècle : Auguste "cum audisset inter pueros, quos in Syria Herodes, rex Iudaeorum, intra bimatum iussit interfici, filium quoque eius occisum ait: melius est Herodis porcum esse quam filium" [43, II, IV,11], c'est-à-dire Auguste, "ayant appris, que parmi les enfants de deux ans et au dessous, qu'Hérode, roi des Juifs, avait fait massacrer en Syrie, était compris le propre fils de ce roi, dit: 'II vaut mieux être le porc d'Hérode que son fils'" [44, p.228]. Autrement dit je suppose que Macrobe reproduisit ce fragment tel qu'il l'avait trouvé dans quelque chronique du temps d'Auguste, y compris la phrase d’introduction.

Je ne sais depuis quand on relie ce texte de Macrobe avec la fameuse sentence d'Auguste et l'exécution d'Antipater [35, XVII, 182 -187] (e.g. [23, p.34] et tant d'autres). Pourtant dans les siècles précédents on s'en étonnait. En XVI siècle J.-J. Scaliger (ad. Euseb.) remarquait qu' "Auguste avait bien mauvaise grâce à tenir un pareil propos, lui qui ratifia les sentences de mort qu'Hérode prononça contre ses trois fils" [44, p.442]. En XIX siècle D. D. Strauss écrivait ironiquement: "Antipater était si peu un enfant qu'il se plaignait déjà de grisonner" [45].

En effet, il est assez difficile à partir du texte Mt 2.13-16, qui raconte la fuite en Egypte de la sainte famille avec le futur "roi des Juifs" et le massacre des enfants à Bethléem de Judée, arriver au texte qui rapporte la tuerie en Syrie où "le fils du roi des Juifs" périt. Cependant leur élément commun (le massacre des enfants de deux ans et au-desous par l'ordre d’Herode) indique qu'ils ont la même origine historique (voir aussi http://christiancadre.blogspot.com/2005/05/slaughter-of-innocents-in-matthew.html). En cadre de l’hypothèse la remarque qu’"Hérode... envoya mettre à mort… tous les enfants de moins de deux ans…" Mt 2.16 indique le temps approximatif entre la rencontre d’Hérode avec les mages et son opération punitive.

Par conséquent, je pense que le texte de Macrobe donne une version de la légende du Massacre des Innocents datée de l'an 9 avant notre ère, quand Syllaios rapporta à Auguste des opérations d’Hérode, tandis que dans l’évangile de Matthieu on trouve une version datée de la deuxième moitié du premier siècle de notre ère, quand on écrivait cet évangile.

Mais pourrait-on répliquer avec raison il est clairement écrit dans l’évangile de Matthieu qu' "Hérode ... envoya mettre à mort, dans Bethléem [de Judée - A.R.] et tout son territoire, tous les enfants de moins de deux ans" Mt 2.16 tandis que la Trachonitide était à l’autre bout du royaume d’Hérode par rapport à la Judée. Bien entendu, et dans ce cas il est temps de passer au chapitre suivant pour voir comment dans le cadre de l'hypothèse le problème de la date et surtout du lieu de l'Adoration des mages se pose sous un nouvel aspect.



5. Sur le temps et le lieu de l’adoration des mages

D'après les calculs [14], [16] la déclinaison de la comète de Halley de l’an 12 a.n.e. était proche de 32°, correspondant à la latitude de Bethléem, pendant quelques jours à la fin d'août et au début de septembre. Cela signifie, en particulier, que même si les mages avaient observé la comète à son lever en Babylone, ils n'auraient pu arriver à temps en Judée pour voir la comète au-dessus de Bethléem (cf. [19], [33]). Par conséquent, des intervalles allant de quelques semaines jusqu'à quelques années entre la première observation de l’astre de Nativité par les mages et leur Adoration, supposés dans d’autres hypothèses, sont inadmissibles dans notre hypothèse.

Plus encore, le déroulement des événements dans le cadre de l'hypothèse semble tellement rapide qu'on est littéralement forcé à étudier un autre cas extrême, notamment celui où l'observation de la comète à son lever par les mages, leur rencontre avec Hérode à sa résidence et l'adoration à Bethléem se déroulent sur quelques heures. Cette supposition est la plus simple et naturelle, elle est en accord avec le texte Mt 2.1-11 et elle est la plus facile à vérifier in situ. Cependant, je ne connais aucune publication où une telle supposition a été étudiée ou simplement avancée.

Alors on peut imaginer et un jour vérifier par une reconstitution minutieuse sur le terrain le déroulement suivant des événements. Dans la nuit du 2 au 3 septembre (n’oublions pas la marge d’erreur possible des quelques jours) les mages guettaient le lever de la Crèche dans la constellation du Cancer. G. et J. Jobes écrivent: "Praesepe, a cluster in Cancer... The historical and other interest in this cluster of small stars has been great... In Christian lore it has been referred to as the Manger in which Christ was born, or the Crib..." [27, p.356].

Donc les mages observaient le lever de la Crèche (ou Praesaepia [25], [27]) pour mieux savoir le temps qu'il ferait et soudain au-dessus de la Crèche ils aperçurent un astre chevelu pointé dans la direction de Regulus. On connaît déjà comment Mt 2.2 et pourquoi de cette manière (voir ch.2) ils interprétèrent leur observation. Il était entre 2 et 5 heures du matin.

Il se peut qu'environ à 6 heures du matin ils relataient avec enthousiasme leur observation dans les rues d’une ville d'où ils furent vite amenés chez Hérode à sa résidence. A cette occasion Hérode n'eut pas à convoquer "une assemblée spéciale" [23, p.25] de "tous les grands prêtres avec les scribes du peuple" Mt 2.4 (cf. aussi [19, p.4]). "Une assemblée" était déjà réunie parce que le roi partait ce matin même à Rome (voir ch.3). Hérode "s'enquérait auprès d'eux du lieu où devait naître le Christ. "A Bethléem de Judée, lui dirent-ils…". Alors Hérode manda secrètement les mages, se fit préciser par eux le temps de 1'apparition de l'astre, et les envoya à Bethléem en disant: "Allez vous renseigner exactement sur l'enfant; et quand vous l'aurez trouvé, avisez-moi, afin que j'aille, moi aussi, lui rendre hommage". Sur ces paroles du roi, ils se mirent en route; et voici que l'astre, qu'ils avaient vu à son lever, les précédait [remarquons : le texte ne dit pas, que l'étoile était observée par les mages, ou que l'étoile les guidait à Bethléem, comme cela était affirmé souvent durant notre ère - A.R.] jusqu'à ce qu'il vînt s'arrêter au-dessus de l'endroit où était l'enfant. [Autrement dit, l'étoile quelque temps se trouvait dans le zénith - A.R.]. À la vue de l'astre [ce n’est qu’à ce moment les mages ont revu l’étoile - A. R.] ils se réjouirent d'une très grande joie. Entrant alors dans le logis, ils virent l'enfant avec Marie sa mère, et, se prosternant, ils lui rendirent l'hommage; puis, ouvrant leurs cassettes, ils lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Après quoi, avertis en songe de ne point retourner chez Hérode, ils prirent une autre route pour rentrer dans leur pays" Mt 2.4-12.

Toujours en cadre de l’hypothèse quelques commentaires s'imposent. Primo, Hérode reçut les mages probablement entre 6 et 7 heures du matin. A cette heure la comète n'était déjà plus visible à cause de la luminosité accrue du ciel matinal. Voila pourquoi les mages ne pouvaient pas montrer à Hérode la comète sur la voûte céleste. Secundo, les mages virent de nouveau [29] la comète à Bethléem "au-dessus de l’endroit où était l’enfant" Mt 2.9 entre 8 et 9 heures du matin. Or, les conditions d'observations des astres sont les meilleures quand ils passent au zénith (cf. [19, p.7]). Tertio, la supposition que l'Arabie était le pays d'origine des mages [23, p.20] est supportée par l'indication qu'ils étaient venus "d'Orient" Mt 2.1 [23, p.20], par leur présents [2, p.19, n.b], [19, p.38], [23, p.20, 31] et enfin par l'effet qu'ils produisirent dans la Trachonitide (voir ch. 4).

Maintenant essayons de déterminer le lieu de l'adoration des mages. Mais d'abord accumulons les questions. Primo, "... l'astre qu'ils avait vu à son lever, les précédait..." Mt 2.9. D. W. Hughes souligne: "Matthew 2.9 contains one of the stumbling blocks of all astronomical 'star of Bethlehem’ theories. It is said that the star ‘went before’ the wise men" [19, p.6]. Comment est-ce possible de l’expliquer dans le cadre de l'hypothèse, vu que la comète se déplaçait sur la voûte céleste d'est en ouest et que Bethléem de Judée se trouve au sud de Jérusalem? Secundo, comment peut-on l’expliquer dans le cadre de l'hypothèse, que dans l’évangile de Matthieu "Hérode... envoya mettre à mort, dans Bethléem et tout son territoire, tous les enfants de moins de deux ans" Mt 2.16 en Judée alors que Josèphe et Macrobe rapportent le carnage en Syrie? On ne peut répondre à ces deux questions sans avoir trouvé une réponse à la troisième question. Tertio, quel fut le port du départ d'Hérode pour Rome?

On peut trouver une réponse à la dernière question encore dans les ouvrages de Flavius Josèphe (voir [35, XV, 331-341, XVI, 136-141], [38, I, 408-415] et les notes). Mais la citation suivante du livre de M. Grant décrit bien la situation et permet d'avoir une réponse:

"Yet the maritime trade of Judaea, at the time of his [Herod's] accession, was irritatingly insignificant…The main reason or one of the main reasons, for its insignificance was the total absence of good ports …There was not one reliable harbour along the whole fifty miles of Judaea's rocky, sandy strip of coast. Consequently, the country was in the humiliating position of having to depend, as far as ships of any size were concerned, upon the harbour-city of Ptolemais Ace (Acre, Akko), which lay outside the borders of Judaea altogether.

[Herod] started to build on it [la ville port Césarée en Samarie] in 22 B.C. and finished the work twelve years later" [46, p.167] (voir aussi [47, p. 149-150]).

Ainsi l'ouverture solennelle de la ville port Césarée dans la région samaritaine eut lieu en l’an 10 [48, p.370] ou 9 a.n.e. [32] durant la 28-ème année du règne d'Hérode [35, XVI, 136]. Par conséquent en automne de l'an 12 a.n.e. Hérode partit probablement du port Ptolémaïs (Acre) qui est à une trentaine de kilomètres de Sepphoris (Sefurje) la ville principale de Galilée à l'époque. Je pense que d'un coup cette supposition permet de comprendre beaucoup de choses tout en les remettant à leurs places d'origine.

Il est logique de supposer que la dernière nuit avant le départ pour Rome Hérode passa à sa résidence de Sepphoris. C'est là qu'il reçut les mages le matin du 3 septembre. Depuis l'an 55 a.n.e. Sepphoris était le siège d'un de cinq sanhédrins [35, Book XIV, Ch.5, 91], [38, Book I, Ch.8.5, 170]. Quelques familles des prêtres vivaient à Sepphoris au temps qui nous préoccupe [49, p.4]. Ce sont ces prêtres avec des scribes qui se trouvaient au palais d'Hérode à Sepphoris au matin du 3 septembre en attendant le départ du roi pour Rome et qui le renseignèrent sur le "lieu où devait naître le Christ", si besoin etait.

Et voila la réponse aux questions formulées plus haut: à ~10 km au sud-ouest de Sepphoris se trouvait et se trouve toujours Bethléem de Zabulon, mentionné au livre de Josué 19.15. Et quelqu'un (ou Hérode lui-même) a eu l'idée de transformer toute affaire en une farce en envoyant les mages à Bethléem qui était si proche de Sepphoris. Des exégètes s’étonnent "que le vieux roi n'ait pas envoyé ses espions, qui eussent été des bourreaux, sur les talons des Mages"? [23, p.27, n.4] (voir aussi [19, p.5-6]). En cadre de l’hypothèse la réponse est évidente: Hérode n’a pris au sérieux ni les mages ni leur rapport. Tout bonnement il ne les a pas cru! Hérode se moqua des mages, en leur indiquant le chemin du haut de la colline, ou se trouve Sepphoris, en bas vers Bethlehem de Zabulon. Mais "quand l’année suivante Hérode fut de retour de Rome", il a compris, qui avait provoqué les désordres dans son royaume et il "fut pris d’une violente fureur" Mt 2.16.

Afin que l'hypothèse soit soumise à une autre épreuve il serait passionnant de descendre un beau matin par le sentier (existe-il encore?) qui menait de la résidence d'Hérode à Sepphoris vers Bethléem de Zabulon en procédant au chronométrage du parcours des mages. Et au bout du chemin, en arrivant à Bethléem en Galilée mettre à l'épreuve une autre vieille légende, notamment celle qui prétend que les mages virent de nouveau l'astre réfléchi au fond d'un puits (pour les details voir [19, p.6-7]). Certes, l’exécution de cette expérience sous-entend l'utilisation des cartes d’époque et des méthodes de l'archéologie. La vérification de cette légende permettrait de déterminer non seulement le moment mais le lieu même de l'Adoration [50]. Si Jésus venait de naître la veille au soir (voir chapitre 8 "Nativité"), il est probable qu'après cette nuit de la Nativité Marie dormait et ce fut Joseph qui accueillit les mages.

Pendant les siècles la légende du Massacre des Innocents inspirait des exégètes et des artistes. Alors que des historiens remarquaient, à juste titre, que Josèphe n'aurait pu passer sous silence cette cruauté d'Hérode si elle avait été réellement commise au coeur de la Judée à quelques kilomètres de Jérusalem. Cependant le massacre avait bien eu lieu quoique à l'autre bout du royaume et Josèphe ne manqua pas de mentionner les représailles d’Hérode sans entrer dans les détails.

On peut supposer que l’histoire du massacre des enfants circulait au nord du royaume d’Hérode, à savoir en Galilée et Nabatea. D’ici cette histoire est arrivée à Rome en l’an 9 a.n.e. Dans l’Internet (voir aussi [19, p.37]) on mentionne que Matthieu écrivait son évangile au nord de la Syrie, où cette histoire s’était conservée dans la tradition orale.



6. La date et le lieu de la naissance de Jean le Baptiste

Essayons maintenant d’éclaircir une autre énigme de l'histoire de la Nativité: quand et surtout où Jean le Baptiste fut né. Certes, dans le cadre de l'hypothèse on pourrait déterminer le mois de la naissance de Jean à partir de celui de Jésus vu que Marie a conçu Jésus cinq mois après qu'Elisabeth avait conçu Jean Lc 1.26. Mais il s'avère possible de trouver le mois de la naissance de Jean le Baptiste et (par conséquent le mois de la naissance de Jésus) par une autre voie et de cette manière vérifier l'hypothèse.

D.W.Hughes écrit: "Simmons finds the month of the birth of Christ by relating the lives of Christ and John the Baptist (personal communication). Zacharias, the father of John the Baptist, was a priest of the course of Abia (Luke 1.8) and would have served in the temple during the 6th week after Passover, the week before Pentecost. As all the priests also served during Pentecost, Zacharias would have left Jerusalem for his home town around Sivan 12th (15 June). Elizabeth, his wife, conceived soon after his return (Luke 1. 24) so John the Baptist would have been born about 280 days later, around 27 March. Luke (1, 36) records that Christ was 6 months younger than John the Baptist so this puts the birth of Christ in late September" [33, p.566] (voir aussi [19, p.78]).

Alors si l’on précise, qu'Elisabeth était plutôt "à son sixième mois" Lc 1.36 (cf. aussi Lc 1.26) et si l'on suppose que la descente de Marie de Nazareth à Bethléem pouvait hâter le temps d'accouchement, on obtient le début de septembre comme le temps possible de la naissance de Jésus. Par conséquent, dans le cadre de l'hypothèse Matthieu et Luc indiquent (implicitement) le même mois de la naissance de Jésus! Ainsi il est possible que Jean le Baptiste fut né en mars de l’an 12 a.n.e. Mais où?

Luc écrit: "En ces jours-là, Marie partit et se rendit en hâte vers la région montagneuse, dans une ville de Juda. Elle entra chez Zacharie et salua Elisabeth" Lc 1.39-40. Mais où précisément Marie se rendit-elle "en hâte" peu après la Conception de Jésus, c'est-à-dire selon l'hypothèse en décembre de l’an 13 a.n.e.? Dans la recherche de cette "ville de Juda" au passé on nommait des localités diverses appartenant à la tribu de Juda, telles que "Iaththa à deux heures au sud d'Hébron" [51, p.41] ou Hébron même. De nos jours cette ville est "identifiée de préférence avec Ain Karim, à 6 km à l'ouest de Jérusalem" [2, p.162, n.d].

Cependant il n'est pas exclu que cette mystérieuse "ville de Juda" se trouvait beaucoup plus près de Nazareth de manière qu'en réalité Marie n'avait pas à parcourir plus de 150 km en décembre par le temps pluvieux et froid [52, ch.V] pour venir de Nazareth chez sa parente Elisabeth. D'après S. Klein [49] à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Nazareth se trouvait la localité Kefar Uzza (cf. [49, S. 51-52] et [49, Karte von Galilaea]) où vivaient des prêtres de la classe d'Abia. Est-il possible que Zacharie et sa femme Elisabeth avait également vécu à Kefar Uzza? Pour admettre une telle possibilité il faudrait d'abord répondre à deux questions. La première question de nature linguistique est relativement facile: pouvait-on dans la tradition orale remplacer Kefar par la ville et Uzza par Juda? La deuxième question me semble beaucoup plus difficile: peut-on prouver que des familles de prêtres juifs vivaient dans des localités galiléennes à l'est de Nazareth à l'époque du Second Temple?

La deuxième question est considérée en [49], mais l'incertitude subsiste et je ne peux conclure ce chapitre que par la citation suivante: "The very fact that after the First Revolt of 66-73 A.D. Jews from the south so easily integrated into and so readily acclimatized into northern Palestine suggests a far greater continuity between the religious communities of these areas" [53, p.693].



A suivre

7. Sur le premier recensement en Syrie

8. Nativité

9. Discussion

10. Conclusion


Références:

[1] R. H. van Gent. Star of Bethlehem Bibliography. http://www.phys.uu.nl/~vgent/stellamagorum/stellamagorum.htm

[2] Le Nouveau Testament de la Bible de Jérusalem. Les éditions du Cerf, Paris, 1986. http://bibliotheque.editionsducerf.fr/par%20page/84/TM.htm

[3] A. I. Reznikov. La comète de Halley: une démystification de la légende de Noël? Recherches d'astronomie historique, 18, 65, 1986(en russe). http://hbar.phys.msu.su/gorm/chrono/christh1.htm

[4] A. I. Reznikov. La comète de Halley est-elle l'étoile de Bethléem? Science et Religion, 10, 14, 1986 (en russe).

[5] L. Simon. La comète de Halley est-elle l'étoile de Noël? La Recherche, 178, 854,1986.

[6] J. Vardaman. Jesus' Life: A New Chronology.(Chronos, Kairos, Christos: Nativity and Chronological Studies Presented to Jack Finegan. Eds. Vardaman J. & Yamauchi E.M. Winona Lake. Eisenbrauns. 1989) p.55.

[7] N. Kokkinos. Crucifixion in A.D. 36: The Keystone for Dating the Birth of Jesus.(Chronos, Kairos, Christos: Nativity and Chronological Studies Presented to Jack Finegan.Eds. Vardaman J. & Yamauchi E.M. Winona Lake .Eisenbrauns. 1989) p.133.

[8] G. B. Baratta . A new determination of the birth year of Jesus Christ. Vistas in Astronomy. 39, 721, 1995.

[9] N. Kokkinos. The Relative Chronology of the Nativity in Tertullian.(Chronos, Kairos, Christos II. Chronological, Nativity, and Religious Studies in Memory of Ray Summers. Ed. Vardaman E.J. Macon GA: Mercer University Press. 1998) p.119.

[10] J. Vardaman. A Provisional Chronology of the New Testament: Jesus through Paul's Early Years.(Chronos, Kairos, Christos II. Chronological, Nativity, and Religious Studies in Memory of Ray Summers. Ed. Vardaman E.J. Macon GA: Mercer University Press. 1998) p.313.

[11] A. I. Reznikov. Dating and Placing the Nativity. (Les possibilités d’une enquête 2000 ans après les événements). (Inédit).

[12] F. R. Stephenson, K.C.Yau Far eastern observations of Halley's comet: 240 B.C. to A.D. 1368. JBIS: journal of the British interplanetary society, 38, 195, 1985.

[13] Dio Cassius. Roman History. Loeb, London, 1917.

[14] D. K. Yeomans, T. Kiang. The long-term motion of comet Halley. Mon. Not. R. astr. Soc. 197, 633, 1981.

[15] J. L. Brady. Halley's Comet: AD 1986 to 2647 BC. J. Brit. Astr. Assn. 92, 209, 1982.

[16] D. K. Yeomans, J. Rahe and R. S. Freitag. The history of comet Halley. J. Roy. Astron. Soc. Can., 80, 62, 1986.

[17] N. L. Alexandrovitch. Programmes astronomiques. ari.exe. (en russe).

[18] A. E. Zavalishin. Professional astronomy planetarium and star mapping program: StarCalc 5.7.

[19] D. W. Hughes. The Star of Bethlehem. Walker, New-York, 1979.

[20] A.A. Barett. Observations of comets in Greek and Roman sources before A.D.410. J. Roy. Astr. Canada, 72, 81, 1978.

[21] M. Reinhold. Marcus Agrippa: A biography. New-York, 1933.

[22] D. van Berchem. Les distributions de blé et d'argent à la plèbe romaine sous l'Empire. Genève, 1939.

[23] M.-J. Lagrange. L'Évangile selon Saint Matthieu. Paris, 1923.

[24] Marie-Joseph Lagrange http://ebaf.op.org/wsw/fr/lagrange.html, le fondateur de l'École Biblique et Archéologique Francaise de Jérusalem http://ebaf.op.org/, dans sa traduction scrupuleuse de l'évangile de Matthieu écrit: " 'en te anatolé' pourrait être relatif aux mages, 'pendant qu'ils était en Orient'. Le singulier peut avoir ce sens (Num. III,38 B; Jos. XVIII, 7 B), encore faut-il avouer que c'est surtout pour designer un point cardinal, non un lieu de séjour. D'ailleurs Mt. ayant employé le pluriel au v.1, il serait bien étrange qu'il ait changé ici. Donc il s'agit de la situation de l'astre. Plusieurs y voient un terme astronomique (Weiss, Loisy, Klost.) et traduisent: 'à son lever, au moment de son lever'." [23, p.23 n.2]). John Mosley écrit: "The Greek phrase, "en te anatole" simply means "as it rose" or "at its rising" which of course is always in the eastern sky, and does not refer to the location of the observer. Some authors interpret the phrase to mean that the magi observed the star's predawn heliacal rising with the sun, and although this may be the case it is an assumption not contained in "en te anatole." The error is the fault of mistranslation by the committee of scholars working under the sponsorship of King James of England, and has been corrected in the New English Bible to read "We observed the rising of His star…" and "the star which they had seen at its rising …" http://www.ips-planetarium.org/planetarian/articles/common_errors_xmas.html. (Dans "La Bible du Semeur" on traduit: "nous avons vu se lever son étoile" et dans "New International Version" on accepte aussi: "we saw his star when it rose" BibleGateway.com).

[25] R. Brown. Researches into the origin of the primitive constellations of the Greeks, Phoenicians and Babilonians. London, 1899.

[26] Pliny. Natural History. Loeb, London, 1979.

[27] G. & J. Jobes. Outer Space, Myths, Name Meanings, Calendars. New-York, London, 1964.

[28] A. Bouché-Leclerc. L'astrologie grecque. Ed. Nourry, Paris, 1899.

[29] En analysant le texte grec M.-J. Lagrange souligne : "l'astre apparait de nouveau après avoir disparu" (voir [23, p.29 n.10]). Mais quand l'étoile a-t-elle apparu de nouveau ? A-t-elle réapparu sur le chemin des mages à Bethléem ou "au-dessus de l'endroit où était l'enfant" ? En accord avec le texte Mt 2.2-10 je pense, que les mages ont observé l'étoile seulement deux fois : "à son lever" et "au-dessus de l'endroit où était l'enfant" .

[30] C. Tischendorf. Evangelia apocrypha. Leipzig, 1876.

[31] E.Mary Smallwood. Jews under the Roman Rule. Leiden, 1981.

[32] W. Otto. Herodes I. Paulys Real-Encyclopedia der classichen Altertumswissenschaft. Neue Bearbeitung. Stuttgart, 1913. Suppl.-Bd.II, S 1. (Voir aussi http://en.wikipedia.org/wiki/Herod_the_Great#0s_BC.

[33] O. Edwards & al. The Star of Bethlehem (discussion). Nature, 268, 565, 1977.

[34] G. Luzzatto. Storia Economica d'Italia. Cap.3. Roma, 1948.

[35] Josephus. Jewish Antiquities. Loeb, London, 1943-1969. (Voir aussi: The Works of Flavius Josephus Translated by William Whiston. http://www.sagelibrary.com )

[36] V. Ehrenberg & A. H. M. Jones. Documents Illustrating the Reigns of Augustus and Tiberius. Second ed. Oxford, 1976.

[37] P. A. Brunt & J. N. More. Res Gestae Divi Augusti: The Achievements of the divine Augustus. Oxford University Press, 1967.

[38] Josephus. The Jewish War. Loeb, London, 1927. (Voir aussi: The Works of Flavius Josephus Translated by William Whiston. http://www.sagelibrary.com )

[39] Rome. The Augustian Age. (A Source Book). Ed. by Kitty Chisholm and John Ferguson. Oxford University Press, 1981.

[40] F. K. Ginzel. Handbuch der mathematischen und technischen Chronologie. Bd.II. Leipzig, 1911.

[41] Britannica. Macropaedia, v.25, p.197, 1978.

[42] U. Baumann. Rom und die Juden. Francfort, 1983.

[43] Macrobius. Saturnalia. Ed. J. Willis. Lipsiae, 1963. Voir aussi http://penelope.uchicago.edu/Thayer/

[44] Macrobe, Varron, Pomponius Mêla. Oeuvres. Paris, 1845.

[45] D. D. Strauss. La vie de Jésus. Paris, 1836.

[46] M. Grant. Herod. London, 1971.

[47] Lee I.Levine. Caesarea under Roman Rule. (Studies in Judaism in Late Antiquity, 7). Leiden, 1975.

[48] F.-M. Abel. Histoire de la Palestine. vol.1. Paris, 1952.

[49] S. Klein. Beiträge zur Geographie und Geschichte Galiläas. Leipzig, 1909.

[50] Les résultats des fouilles récentes archéologiques dans les régions de Bethléem de Judée et Bethléem de Galilée, en particulier par Aviram Oshri an archéologue du Département des Antiquités Israéliennes témoignent au profit de notre hypothèse ( voir les articles "Where was Jesus Born?", "In search of the real Bethlehem", "The search for the real Bethlehem", "Bethlehem, Galilee", "UserFriendly Strip Comments" et "Matthew 2: Is it False or Is it True?" ).

[51] M.-J. Lagrange. L'Évangile selon Saint Luc. Paris, 1921.

[52] F.-M. Abel. Géographie de la Palestine. Tome 1. Géographie physique et historique. Paris, 1933.

[53] E. M. Meyers. The cultural setting of Galilee: the case of regionalism and early Judaism. Aufstieg und Niedergang der Romischen Welt. Hrsg. von H. Temporini und W.Haase. Berlin, New York: de Gruyter. II.19.1 p.686, 1979.

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